2 / Une reconstruction au début du XVIe ??
Cette église a dû subir de graves dommages puisqu’il est question de la reconstruction. Un arrêt de Parlement de Toulouse du 20 mars 1517 ordonne au syndic et aux habitants de Magnanac ainsi qu’aux ouvriers de l’église de ce lieu, de faire le charroi des matériaux nécessaires pour sa reconstruction. Mais n'est-on pas ici en présence d'une erreur de lecture ? Et en ce cas la reconstruction qui nous soit réellement et directement connue est celle décidée en 1617. Ce texte de Malte, cité par Escudier serait à examiner.
Un doute apparaît à la lecture de deux relevés, deux reconstructions étant mentionnées à 100 ans d'écart :
-celui d’Adrien Escudier citant dans le fonds de Malte [tome 1 , p. 241 Histoire de Fronton et du Frontonnais, t 1,p. 241] l’arrêt du parlement du 20 mars 1517 pour la reconstruction de l’église, relevée de ses ruines. Cette date serait-elle une coquille? Faudrait-il lire 1617 ? On est en droit de ses le demander, même si l'auteur suivant un ordre chronolgique n'a pas à l'évidence de raison de douter... tout en mentionnant des églises à relever (1 siècle avant !!). On a l'impression d'une confusion.
-et celui de Jean Charles Rivière citant chez Me Pendaries le bail passé le 13 juin 1617 [3 E 21767 f° 136] pour la reconstruction de l’Eglise à la suite de sa démolition [André Romanhac, syndic de Magnanac, Me Jacques Laboisse chanoine de la cathédrale Saint-Etienne, le représentant du Grand Prieur de Fronton, Blaise Berenguier prêtre était recteur de Villemur,Me Jean Dellong recteur du Termeet Guillaume Laffont prêtre et recteur de Magnanac].
3 / reconstruction au sortir des guerres civiles et religieuses, au début du XVIIe siècle
Les guerres civiles et religieuses obligent à des reconstructions partout. Toutes les églises de cet espace jusqu’à Fronton sont détruites. Magnanac n’échappe pas à cette impérieuse nécessité, l’église ayant été brûlée en 1570.
Le 13 juin 1617 est passé le bail pour la reconstruction de l’église à la suite de sa démolition.
Il lie le syndic de la communauté de Magnanac [André Romanhac], Me Jacques Laboisse chanoine de la cathédrale Saint-Etienne, le représentant du Grand Prieur de Fronton, aux 3 maçons et au charpentier retenus, le tout pour 1040 livres tournois, travaux à réaliser dans les trois mois. Blaise Berenguier prêtre était recteur de Villemur, Me Jean Dellong recteur du Termeet Guillaume Laffont prêtre et recteur de Magnanac.
Magnanac sera la seule des trois églises ou chapelles à être relevée de ses ruines [les autres étant Sainte Rafine et Sainte-Marie de Rojols].
Le 13 juin 1617 bail est passé par André Romanhac praticien habitant Villemur, syndic des habitants du lieu de Magnanac assisté de Me Jacques Laboisse chanoine en l’église, Me apothicaire de Saint-Etienne de Toulouse (ayant charge du chapitre) et de sieur Pierre Fournier bourgeois habitant du lieu de Fronton, faisant pour et au nom du sieur grand prieur dudit Fronton, le dit Romanhac de son plein gré établit un bail avec Antoine Golce, Jean Viernes maçons de la ville de Rabastens, Arnaud Bordes aussi maçon et Jean Miquel Me charpentier habitant dudit lieu de Fronton pour bâtir et construire l’église Saint-Pierre de Magnanac (Manhanac).
*faire 20 canes de murailles de longueur et 3 canes de hauteur sans comprendre le fondement ni les poutres d’une tuile ½ d’épaisseur à mortier de terre et sable savoir 9 canes devers le midi et 1 cane côté du septentrion et joindre entièrement les murailles de chaque côté du chœur de ladite église à celle du clocher et abaisser les murailles du chœur pour la remettre de même hauteur de 3 canes
*faire aussi l’entrée de ladite église au septentrion, de 6 pans de largeur et de 10 pans de hauteur et une autre entrée de porte devers midi joignant le clocher de largeur de 4 pans et 1 cane de hauteur, voûte à mortier de chaux et de sable , y mettront les gonds plombs chacune a une pierre ensemble pour fermer les portes et feront lesdites portes doubles de bois aix bien garnies de clous reilhes ferrures et clés et tailleront les tuiles desdites portes comme celui que parait encore.
*faire 5 fenêtres auxdites murailles pour donner clarté dans ladite église à l’endroit que sera plus commode voûtée à mortier fait à chaux et sable de 2 pans ½ de largeur et de 5 pans de hauteur à chacune desquelles mettront une grille de fer et une toile cirée
Et à l’autel feront 3 degrés de brique à mortier fait de chaux et sable de la largeur de ladite église, laquelle seront tenus de carroner[carreler] et enduire les murailles au-dedans de mortier à chaux et sable et après pinceller [passer les peintures]
* si bon leur semble prendre toute la tuile qui provient de la démolition de ladite église et encore celui qui proviendra de ladite muraille qui s’abaissera
*faire la couverture de ladite église
*et ledit Romanhac comme s’engage à faire tous les charrois nécessaires et à porter le tout au bas de ladite église excepté les 7 rasals et balestriers que lesdits entrepreneurs seront tenus de faire porter à leurs dépens - laquelle besogne ils seront tenus d’avoir faite et parfaite en la susdite forme dans 3 mois
*1.040 livres tournois (chacune livre de 20 sous).
Un bail au sujet de la réparation de l ‘église est passé le 14 juin 1638 entre les cellériers du Chapitre de la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, Pierre d’Estopinia et Pierre de Barassi ‘’faisant pour eux et pour le grand prieur de Toulouse’’ et Jean et Pierre Pailhès, charpentiers à Fronton. Il s’agit de recouvrir l’église Saint-Pierre, ‘’fournir’’ les fonts baptismaux et placer un châssis à la fenêtre du sanctuaire. Travaux d’un coût de 34 livres.
4 / Les travaux de 1727-1730
En avril et novembre 1727 on mentionne qu’« une grande partie du toit a croulé», constat repris en mars 1728, et encore, en février 1729 « une grande partie du toit de l’église de Maignanac étant tombé à terre ». Il est quasiment impossible d’y célébrer les offices. Ces réparations seront enfin entreprises et terminées en mai 1730.
D’autres réparations sont sollicitées et exécutées en 1755. En 1786, des réparations sont faites au plafond de l’église.
Des travaux jalonneront la fin du XVIIIe siècle.
5 / après la Révolution
Le clocher a été démoli comme tous ceux de la commune en 1794 ; les matériaux sont vendus aux enchères publiques.
L’église apparaît dans une état précaire au sortir de la Révolution. En 1796, l’état descriptif demandé indique au sujet de l’église de Magnanac: « a besoin de réparations », on note par ailleurs « Après la tourmente révolutionnaire, l’église n’est que ruine ».
Un état et devis estimatif des réparations à faire à l’église de Magnanac est dressé en exécution de l’arrêté du 2 avril 1803 : la réparation du clocher demande 1600 briques, pour la réparation de la galerie du clocher : « 3 supports avec 3 jambes de force, 3 piliers de 12 pans de hauteur armés suivant la règle de l’art. La corde nécessaire à la cloche. Couvrir le toit de l’église demande 400 tuiles canal. Il est aussi envisagé de refaire à neuf 24 toises de paroi du cimetière ; la porte du cimetière a besoin d’une penture, d’une serrure - Total 612 fr ».
En 1806,on fait remarquer que « depuis 12 ou 15 ans les réparations extérieures des murs et toitures des églises de cette commune [NDA Villemur et ses sept églises] ont été tellement négligés qu'ils sont dans un état de délabrement, et menacent ruine, en sorte qu'il est urgent de les réparer afin d'en éviter la chute prochaine ».
En 1820, lors de l’enquête menée auprès des paroisses, à la question sur l’état de l’église, il est répondu : « l’église est assez grande et a besoin de grandes réparations ; elle est isolée. Elle est dépourvue de linge, d’ornements et de linge sacré » .
La construction de la chapelle côté midi
Mme Marie Rose Gabrielle de Solages, veuve de Naurois, fait un legs pour qu’une chapelle soit construite, ceci à ses frais, legs autorisé par l’ordonnance du roi Louis-Philippe, en date de 14 juillet 1839
Le 18 juillet 1839, le Préfet communique au maire l’ordonnance royale en date du 14 juillet autorisant la fabrique de Magnanac à accepter la donation faite par la dame Veuve de Naurois d’un terrain
« Nous avons ordonné et proclamons ce qui suit.
Article 1. La fabrique de Magnanac est autorisée à accepter la donation qui lui a été faite, suivant acte sous-seing privé du 17 avril 1839, par Dame Marie Rose Gabrielle Solages veuve Naurois d’un terrain attenant à l’église succursale.
Article 2. Ladite fabrique est autorisée à concéder à ladite Solages veuve de Naurois, pour elle et sa famille,
*à construire ladite chapelle à ses frais, ainsi qu’elle s’y est engagée par acte sous seing privé du 15 décembre 1838
* de l’entretenir et de la réparer également à ses frais sans pouvoir en céder, ni transporter, à quelque titre que ce soit, la jouissance.
Dans le cas où la concessionnaire ou sa famille passerait dix années sans faire aucune espèce de résidence dans la commune, sans avoir satisfait à la dépense d’entretien et sans avoir fait à la fabrique de notification tendant à manifester l’intention de conserver le droit de Chapelle avec ses charges, l’effet de la présente concession cessera et la fabrique entrera dans la jouissance de la chapelle sans être tenu au paiement d’aucune indemnité ».
La fausse rumeur d’une translation
On trouve parfois affirmé, que l’église de Magnanac se trouvait autrefois sur la place actuelle, à l’intersection des routes et qu’elle a été reconstruite, en 1820, là où elle se trouve, à la suite du don d’un terrain fait par M. de Naurois. Cet ensemble d’informations avancé sans autre précision de date et de source ne correspond pas à un certain nombre de faits :
- Le cadastre terminé au 26 août 1812 situe l’église sur le site actuel . Il n’y a pas eu de déplacement de l’église, postérieurement à 1812. L’église ne comporte pas alors de chapelle.
- l’église est sujette de manière continue à des réparations.
- le don du terrain effectué par M. de Naurois concerne, non la construction de l’église, mais la construction d’une chapelle , côté cimetière.
Ces éléments nous semblent suffisamment probants pour penser qu’il n’y a pas eu de translation de l’église. Inversement aucun document n’a pu apporter la moindre preuve à cette hypothèse
Le village de Magnanac paraît aujourd’hui organisé autour du carrefour. Cependant au début du XIXe siècle, les habitants, beaucoup moins nombreux, sont alors principalement répartis en deux habitats, éloignés de ce carrefour.
Georges Baccrabère relève qu’en1969, outre quatre silos découverts sur un terrain devenu depuis, une extension du cimetière, ont été également relevés des brulis, vestiges d’un incendies à 40 cm de profondeur. Ces éléments peuvent être considérés comme le témoignage possible d’un habitat médiéval comme l’a indiqué Georges Labouysse.
On peut donc admettre que l’église et le cimetière se trouvaient là où ils se trouvent aujourd’hui .
L’église est portée sur le cadastre de 1812, là où elle se trouve actuellement,
avec le cimetière et le presbytère en bordure de la route de Montauban.
Aucun habitat n’est ici porté à l’intersection.
5 / l’église d’aujourd’hui
Le remaniement de 1859
En 1857 une délibération du conseil de fabrique en date du 15 avril parle de réparations urgentes à faire à l’église. Les ressources de la fabrique sont minimes (672 fr). Il est précisé que la réparation se ferait par souscription volontaire des paroissiens .
Le projet Esquié est du 10 octobre 1858 : l’architecte présente d’abord l’état : « l’église de Magnanac est suffisante pour les besoins de la population, mais elle se trouve dans un très grand état de délabrement. La nef qui la compose est mal éclairée et recouverte par un plancher en planches apparentes forts sales ». La réparation est déclarée « rendue urgente par la dégradation incessante qui peut compromettre la solidité » . Esquié précise ensuite son projet, à savoir : l’exhaussement de 3, 50 m, une voûte en charpente à la Philibert Delorme, avec plafond de plâtre au-dessous. Il souhaite l’ajout ultérieur d’une deuxième chapelle au nord pour faire le pendant à la première, coté cimetière.
Peu de temps après, Gay, maçon, s’engage à faire les travaux selon les indications et devis de M. Esquié, soit 4.000 fr. Les dons sont alors collectés : Mme de Naurois , née Solages fait don de 2000 fr, « à la condition express que les travaux s’exécuteront par régie, sur les ordres et la surveillance de M. Esquié », M. Gasc donne 400 f, M. Bousigue 250 fr. Heureusement que diverses subventions viendront épauler l’entreprise : en aout 1859, le ministère de l’Instruction Publique et des Cultes accorde un secours de 2.000 fr en deux annuités ; en août 1862 le même ministère accorde un secours supplémentaire de 2.500 fr. et en 1866 le ministère de la Justice et des Cultes accorde un autre secours supplémentaire de 2.000 fr. La mairie de Villemur accorde, elle, un secours de 1.000 fr. en novembre 1860. A l’évidence, les soutiens et les subsides n’ont pas manqué à Magnanac.
Ces travaux vont s’effectuer entre 1859 et 1861. C’est l’architecte Esquié, architecte diocésain, qui « voûta » l’église, après l’avoir exhaussée à partir de 1859. Les documents officiels hésiteront dans la qualification des travaux, en usant d’une terminologie variable.
En 1860 la municipalité de Villemur accorde 200 fr pour faire la porte de l’église, venant s’ajouter à une somme de 300 fr, antérieurement votée.
Le curé demande le 2 octobre 1861 de pouvoir procéder à deux bénédictions : une cloche, par le curé doyen de Villemur et un chemin de croix, par le curé de Bondigoux.
Les deux chapelles latérales trouvent place, l’une côté route en 1867, projetée dès 1863 par la famille de Vacquié, tandis que la famille de Naurois en avait déjà fait édifier antérieurement une, côté cimetière, après 1839.
Pour sa décoration, l’église de Magnanac bénéficie des largesses de l’Empereur Napoléon III qui attribue à l’église de Magnanac deux tableaux, le premier en 1859, puis, le second en 1861, tableaux toujours présents au fond de la nef. Mme Marie Antoinette Honorine Gasc épouse de Christian Oldekop est de notoriété publique, l'égérie de l'Empereur . C’est pourquoi, nous dit-on, Napoléon III a fait plusieurs séjours à Magnanac . Mais aucun document n'est venu corroborer cette légende.
Le clocher
En 1867 le devis du clocher à construire est établi. Les travaux sont effectués durant les premiers mois de l’année par Jean-Baptiste Miramont, maçon. Ils sont achevés au 25 mars 1867. [Le 3 janvier 1867 : devis de 2.000 fr]
En 1873, est faite la porte principale de l’église.
Comme il arrive parfois, un relevé nous fait connaître les dons faits par des familles au cours des années 1881-1906.
Les vitraux sont de 1885, initialement projetés en verre blanc.
Christian TEYSSEYRE
résumé de la présentation de Magnanac
dans "Églises et chapelles du canton de Villemur-sur-Tarn"
AM Villemur, Délibérations 6 février 1806
Cf. AM-Villemur- 1P2- texte de l’ordonnance : « Louis Philippe, roi des français. Sur le rapport de notre garde des sceaux, ministre secrétaire d’Etat au département de la Justice et des cultes Le comité de l’intérieur du Conseil d’Etat entendu,Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article 1er – la fabrique de Magnanac (HG) est autorisée à accepter la donation qui lui a été faite, suivant acte sous seing privé du 17 avril 1830, par la dame Marie Rose Gabrielle Solages veuve Naurois d’un terrain attenant à l’église succursale.
Article 2
Ladite fabrique est autorisée à concéder à la dame Solages veuve de Naurois, pour elle et sa famille à construire ladite chapelle sur ce terrain à la charge par la concessionnaire – 1èrement de faire construire ladite chapelle à ses frais, ainsi qu’elle s’y est engagée par acte sous seing privé du 15 décembre 1838 ; 2ème de l’entretenir et de la réparer également à ses frais sans pouvoir en céder ni transporter à quelque titre que ce soit la jouissance.
Dans le cas où la concessionnaire ou sa famille passerait dix années sans faire aucune espèce feu de résidence dans la commune, sans avoir satisfait à la dépense d’entretien et sans avoir fait à la fabrique de notification tendant à manifester l’intention de conserver le droit de chapelle avec ses charges, l’effet de la présente concession cessera et la fabrique entrera dans la jouissance de la chapelle sans être tenue au paiement d’aucune indemnité ? Notre garde des sceaux Ministre d’Etat de la justice et des cultes est chargé de l’exécution de la présente ordonnance - Paris le 14 juillet 1839 – signé Louis Philippe ».
D’ailleurs on ne voit pas bien le motif qui aurait conduit à reconstruire l’église en un autre endroit, comme ce fut le cas à La Magdelaine et à Mirepoix. Et à si peu de distance !
Il est tantôt parlé de « reconstruction », d’ « exhaussement », de « réparations ».